Les enfants montent sur scène

L’association Les Petits Riens, fondée par Béatrice Jacobs, metteur en scène d’opéra, a pour objectifs de faire découvrir le théâtre, la danse, la musique et la pratique d’activités artistiques à des collégiens à priori éloignés de ces univers culturels. 

Le bâtiment de la Philharmonie de Paris reflète peut-être les conflits qui ont jalonné sa construction entre un architecte célèbre et la direction : massif, anguleux, certains le trouvent très laid, mais la qualité de son acoustique fait l’unanimité. Le samedi matin, la Philharmonie de Paris fait la part belle aux jeunes.
Le bâtiment est inauguré depuis à peine un mois en ce jour de la Saint-Valentin.
Un Flash Mob « surprise » est donné dans le hall. A 10H30, une petite troupe d’adolescents, suivie par un orchestre, arrive en dansant sur le thème de Roméo et Juliette, pour une courte prestation. Un peu plus tard, dans la grande salle de concert, l’orchestre entame le mambo de West Side Story, puis joue d’autres extraits d’œuvres, illustrés par de nouvelles chorégraphies dansées par les jeunes.

accueil8

Ces jeunes ont été entraînés par les responsables de l’association Les petits riens. Avant Roméo et Juliette, la troupe avait créé plusieurs spectacles inspirés du répertoire classique à l’Opéra comique ou au Cent-quatre, à l’initiative, depuis 2003 de Béatrice Jacobs.

Béatrice tient à bout de bras et parfois hors d’haleine, le projet ambitieux d’éveiller à la musique classique et à la danse les enfants de quartiers populaires qui en sont culturellement éloignés. C’est un personnage hors du commun.

Metteur en scène d’opéra

Le père de Béatrice vient d’un quartier très populaire de Bruxelles et d’une époque où il n’y avait pas la télévision.

Cet autodidacte, modeste employé dans une entreprise, a éduqué ses enfants dans l’amour de l’art, avec une prédilection pour l’opéra:

Une éducation qui porte ses fruits, puisque le frère de Béatrice est aujourd’hui historien d’art et qu’elle est metteur en scène d’opéra. Après un passage à l’Opéra de Bruxelles avec Béjart, puis au cirque, Béatrice part pour Paris où elle s’inscrit au cours Florent. Ses souvenirs sont très précis : «  Richard Foreman, metteur en scène underground new-yorkais, vient à Paris pour monter “La Chauve-Souris” à l’opéra Garnier et recherche une soixantaine de comédiens danseurs. C’est avec lui que j’ai passé ma première audition, une vraie audition à l’américaine comme dans les films. Nous étions 600 candidats, plus de filles que de garçons et à chaque fois que j’étais sélectionnée cela me semblait miraculeux ! Ce fut un des moments magiques de ma vie, comme si je réalisais un rêve d’enfant. »

C’est l’occasion de faire de nombreuses rencontres, d’être embauchée dans une production d’ Ariane à Naxos où elle a un rôle :  « Je suis là tout le temps se souvient-elle, je suis fascinée par le travail des répétitions, celui de la mise en scène, celui des chanteurs. Un jour, Jean-Louis Martinoty, le metteur en scène me demande, de prendre en charge les entrées et les sorties .»

Peu de temps après il est nommé directeur de l’Opéra de Paris. Il lui faut un assistant metteur en scène pour Atys de Jean-Baptiste Lully qu’il va monter, et c’est Béatrice qui est choisie. La première a lieu en Italie, et ce qui prend à l’époque l’allure d’un évènement est un choc absolu pour elle.

Suit une carrière : des productions innovantes pour lesquelles Béatrice gagne des prix.

LES PETITS RIENS : la musique pour les enfants

Plus tard, Béatrice a une petite fille. 

Elle se rend compte que cette enfant a accès à un univers fermé à beaucoup d’autres : 

« Lorsque j’ai eu ma fille , je me suis rendu compte que les autres enfants n’auraient pas le même chance. Je voulais qu’ils aient la même possibilité que ma fille d’avoir accès à la musique classique, au jazz, à l’opéra et de connaître cette joie profonde. A l’origine je voulais donner aux enfants un accès aux spectacles. Puis les enfants ont souhaité davantage, ils ont voulu eux aussi pratiquer des disciplines artistiques. Les Petits Riens  dont le nom est  celui d’un ballet que Mozart avait écrit enfant sont nés comme ça. »

accueil1

L’association s’étoffe

Au début, Beatrice mène de front son travail et son activité associative, comme directrice non rémunérée.
L’association se diversifie : « A la demande des enfants, nous avons commencé la pratique instrumentale, d’abord avec une classe, puis deux, puis trois. En 2006, j’ai du faire un choix entre mon travail et l’association.»

Pourtant elle continue d’exercer son métier mais selon d’autres modalités : « Jérôme Deschamps qui a repris la direction de l’Opéra Comique me demande d’être un de leurs premiers partenaires. En contrepartie, il nous offre une multitude de places pour toutes les productions. Pendant une année, nous emmenons les enfants et leur famille voir les spectacles. L’année suivante, pour le remercier, nous décidons de monter Carmen avec les enfants. Pourquoi cette œuvre ? Parce qu’elle met en scène une jeune femme qui se veut libre et révoltée. Le parallèle était à faire avec ces enfants que l’on stigmatise souvent comme provocateurs et agressifs. »

Opéra français et symbole culturel par excellence, Carmen est d’une extraordinaire actualité. Les enfants s’identifient  à la bohémienne et  s’approprient  immédiatement l’histoire .

Béatrice et son équipe se mettent au travail pour ce premier spectacle, qui sera suivi de plusieurs autres. Il fallait prendre la mesure des difficultés, mettre au point un processus pour disposer d’un cadre.
Le jour de la Fête de la musique, 112 enfants sont sur la scène de l’Opéra Comique dans les décors mêmes du spectacle alors à l’affiche.
Plus de 500 personnes y assistent. Pour l’essentiel, les familles des enfants amenés à se produire dans un lieu qui ne leur est ni habituel ni familier, les représentants de tous ceux qui soutiennent l’association, les instances institutionnelles comme les mécènes. La représentation se conclut sur une explosion de joie.

accueil2

Béatrice constate les bénéfices de la participation des enfants : ils apprennent le respect d’eux-mêmes et des autres, la générosité et la solidarité.

Quant à leurs professeurs, ils portent un autre regard sur les enfants, surtout pour ceux qui sont en échec scolaire car ils les voient s’impliquer. En même temps que les relations évoluent positivement, les enfants progressent à l’école.

Passerelles & Compétences apport précieux au  développement de l’association

L’association a fait appel plusieurs fois à Passerelles & Compétences pour l’accompagner dans des actions pour lesquelles elle  n’avait ni les compétences ni le budget. 

« Certaines missions n’ont pu aboutir, souligne Béatrice, mais ce n’était pas du fait des bénévoles, plutôt les circonstances de la vie qui ont fait que cela n’était pas réalisable à cet instant.
Les « Passerelles » que nous avons rencontrés nous ont trouvé à chaque fois, la perle rare, ils ont parfaitement bien cerné nos besoins et les bénévoles ont réalisé un travail formidable.
 L’avantage, c’est que c’est concret.
Par exemple, Marine V. nous a aidés à constituer le plan de financement d’un dossier, elle nous a accompagné à des rendez vous et nous a épaulés avec beaucoup de patience. En la voyant faire, en travaillant avec elle, nous avons appris. Et nous n’avons pas oublié.
 Comme Catherine A. pour la création de la plaquette, qui est vraiment très belle et dont nous nous servons toujours. 

On demande de plus en plus aux associations et  les dossiers sont de plus en plus complexes. Nous ne pouvons pas maîtriser toutes les compétences  dont nous avons besoin. Passerelles et Compétences est très importante pour notre développement. »

Quant à la dernière bénévole en mission, Catherine M., elle vient de céder son cabinet de relations publiques lorsqu’elle rencontre Béatrice. Séduite par son talent et touchée par son énergie, elle se démène pour communiquer sur l’évènement de la Saint-Valentin à la Philarmonie et surtout elle met l’association en contact avec Nicolas Leriche, danseur étoile de l’Opéra de Paris qui accepte de parrainer la troupe.

 Béatrice rêve éveillée!

Impossible de s’arrêter

Le travail des Petits Riens connaît un succès incontestable : les jeunes sont parfois si impliqués qu’ils désirent continuer, si bien qu’une troupe a été créée pour leur permettre de progresser encore. L’association a aussi pour projet d’écrire un opéra.

accueil9

Mais cette importante organisation n’est pas suffisamment soutenue financièrement. Pour répondre à l’exigence d’excellence, il faut trouver des fonds et les responsables de la collecte passent beaucoup de temps à remplir des dossiers.  « Parfois, avoue Béatrice, je regrette mon ancien métier au niveau financier, c’est beaucoup de sacrifices mais quand on voit le sourire de ces enfants, le bienfait que nous leur apportons, il est impossible de s’arrêter. »

Jamais découragée, Béatrice continue…

Crédits photos Florent Burgevin

Béatrice Jacobs

Béatrice Jacobs

Fondatrice de

Les Petits Riens